Nouveaux métiers
Chaque semaine un métier en émergence
Le marketing, la finance, l’assurance, la santé, la sécurité routière, etc. Tous les secteurs croulent sous les données. Après l’euphorie déclenchée par la possibilité technologique de collecter toutes sortes d’informations, voici l’heure du revers : trop de data tue la data et surtout la possibilité de l’utiliser de façon efficace. Or les chiffres et autres données doivent servir avant tout à prendre de bonnes décisions dans les entreprises. Pour donner un sens à ces montagnes des données, un nouveau métier émerge, celui de data storyteller. Ce profil hybride, mi-analyste, mi-créatif, entre l’analyse et la créativité, maîtrise l’art subtil de transformer des tableaux Excel abscons en tableaux de bord ou visualisations utiles. C’est l’ère de la dataviz.
Le métier décrypté
Le data storyteller ou la data storytelleuse, c’est un ou une interprète d’un nouveau genre. Sa mission première est d’analyser et d’interpréter les données fournies par les data analysts (les explorateurs qui cartographient les données) et data scientists (les experts qui construisent des modèles pour guider les décisions stratégiques), le tout afin de les rendre compréhensibles et utiles.
Mais il ne se contente pas de concevoir de jolis graphiques : il doit avant tout donner du sens aux données. Son talent unique est d’adapter son discours selon ses interlocuteurs. Un jour, il aide l’équipe marketing à visualiser les comportements clients. Le lendemain, il traduit des analyses financières complexes en présentations percutantes pour le comité de direction. La semaine suivante, il illustre des tendances épidémiologiques pour déterminer la pertinence des politiques de santé publique.
Le jargon décrypté
Data visualization est une technique de représentation visuelle des données pour les rendre compréhensibles et impactantes ; elle s’appuie sur les outils comme Tableau et Power BI.
Machine Learning est une branche de l'intelligence artificielle qui consiste à développer des algorithmes capables d'apprendre des données, d'identifier des patterns et de faire des prédictions ou des décisions sans être explicitement programmés.
Python et R sont des langages de programmation essentiels pour l’analyse et la manipulation des données
Data-driven est une approche qui désigne les décisions, stratégies et actions d'une organisation fondées sur l'analyse et l'interprétation des données.
BI (Business Intelligence) sont des processus et des outils qui aident à analyser les données pour prendre des décisions éclairées.
Les compétences clés
Pour exceller dans ce métier à la croisée des data et de la narration, un mix de compétences techniques et humaines s’impose.
Voici le “must have” pour les compétences techniques :
- Maîtrise des outils de visualisation (Tableau, Power BI, Excel)
- Analyse et interprétation des données
- Langages de programmation comme Python et R
- Connaissance des outils IA et de machine learning
- Compréhension des enjeux business
Mais les softs skills sont aussi importants et notamment :
- Excellence en communication écrite et verbale
- Capacité à adapter son discours selon les audiences
- Créativité pour imaginer des visualisations percutantes
- Pédagogie pour expliquer des concepts complexes
- Curiosité pour suivre les innovations du secteur
Le data storyteller a donc la capacité à transformer des analyses arides en récits qui marquent les esprits et aide à piloter des projets. Créatif dans l’âme et naturellement curieux, il sait sortir des sentiers battus pour imaginer des visualisations percutantes et des angles originaux pour présenter ses données.
L’avenir prometteur du métier
Avec l’explosion des données, la demande en data storyteller ne risque pas de se tarir. Les secteurs les plus demandeurs sont la banque, l’assurance, la logistique, les médias, le marketing, le commerce, la santé… Bref, à terme, tous les secteurs auront besoin de manier la data avec finesse.
Pour accéder au métier de data storyteller, plusieurs parcours de formations sont possibles. Côté formations initiales :
- Diplômes Bac+5 en informatique, analyse de données ou business intelligence
- Écoles d’ingénieurs avec spécialisation en data
- Écoles de commerce avec spécialisation en marketing et IA
- Master en actuariat
- Diplôme d’ingénieur en science de la donnée
Compte tenu de l’hybridation de ce métier, certaines formations complémentaires sont recommandées, comme les cursus en communication, journalisme ou design de données.
Il existe également des formations spécifiques en data storytelling, en particulier :
- Les cours de data storytelling proposés par des écoles comme l’ENSAE Paris (18 heures de formation)
- Formations proposées par des organismes spécialisés, comme la formation de 14 mois de Formapack
- Des formations continues courtes (de 7 ou 14 heures), dispensées par des organismes privés comme IB Cegos, Sparks Formation ou Data Pour Tous
Côté rémunération, le marché récompense plutôt bien ces profils hybrides. Un data storyteller ou une data storytelleuse débutante peut espérer entre 35 000 et 40 000 euros bruts annuels. Un profil plus expérimenté peut prétendre à une rémunération entre 51 000 et 69 000 euros bruts par an.
Expert en données, maître du récit, le data storyteller incarne la nouvelle intelligence des entreprises : celle qui transforme les chiffres en action.

Stratège éditoriale et copywriter
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